Audio de l’Interview Rencontre Créative avec Marie-Ange Alexandre.
créativité

La Créativité pour Marie

C’est la richesse des expériences, la richesse des sources.

Sortir des sentiers battus.

Ne pas se spécialiser.

C’est un mouvement qui vient de l’individu et va vers le collectif, mais qui vient aussi du collectif vers l’individu.

Intuition

L’intuition pour Marie

L’intuition, c’est comme une graine : il fait un terreau.

Il fait un terreau suffisamment riche, avec suffisamment de nutriments.

Tu mets une graine, et un jour, ça pousse.

C’est tout ce qu’on met à l’intérieur de nous-mêmes en terme de graines, de savoir, d’expériences, et un jour le terreau – qui est l’environnement – fera en sorte que ça pousse.

Il faut bien cultiver son environnement interne et externe.

Je ne l’écoute pas toujours ! Et les fois où je ne l’écoute pas, ça ne se passe pas bien !

Les Clés créatives de Marie

Puiser dans des endroits très très différents (lectures, cultures, musique…).

Mixer ses influences : ça permet de recréer de nouvelles choses.

Chercher dans plein de domaines différents.

Ne pas se couper de l’extérieur : on ne fait jamais rien tout seul en fait.

C’est la multiplicité des expériences qui, en se combinant, nous amène à une quantité de solutions quasiment exponentielle face à un problème.

Travailler à plusieurs ou simplement de rencontrer des personnes différentes : tu as accès à leur façon de voir les choses.

Aller puiser son inspiration dans des domaines autres que son propre domaine.

Écouter de la musique, aller voir des expos, rencontrer des gens différents, apprendre une nouvelle langue.

S’ouvrir sur le monde extérieur.

Savoir faire une vraie pause de ta vie normale.

Ce n’est pas la peine d’essayer de créer de 8 à 9 heures tous les matins. Ça ne se fait pas sur commande.

Les moments où je suis créative, c’est toujours quand je fais autre chose.

Toujours avoir de quoi écrire sous la main. Ne surtout pas laisser passer ces idées-là !

Il faut s’autoriser des moments de vide, mais sans objectif de créativité (sinon tu es dans un processus de productivité et pas de créativité).

“Le futur, c’est toi !”

Ex-scientifique et docteur en psychologie cognitive, Marie est aujourd’hui formatrice et coach en adaptant son métier en ligne. Adepte du hasard heureux, Marie est persuadée que de chercher dans plein de domaines différents, de faire les choses autrement et de multiplier les expériences permettent de créer des mixes inédits et ainsi d’être davantage créatif dans sa propre vie ! 🙂

“Ordinary is easy.” – “L’ordinaire, c’est facile !”

Marie-Ange Alexandre
Marie-Ange Alexandre

Peux-tu te présenter Marie ?

Marie-Ange Alexandre : Oui, je m’appelle Marie-Ange Alexandre, je suis formatrice et coach. Depuis 5 ans j’exerce ce métier en présentiel. Et depuis Février, j’ai décidé de transformer mon métier pour pouvoir le faire à distance.

Mon thème principal, c’est le changement de vie et aussi, bien sûr, le bonheur. Parce que, généralement, on change de vie pour plus de bonheur 🙂

J’aborde aussi la gestion du stress, la gestion du temps, concilier vie pro / vie perso. Mais aussi des choses plus intimes : par exemple comment gagner en assertivité.

Auparavant je travaillais également avec des entreprises, mais maintenant je me consacre aux particuliers.

En quoi la créativité t’anime chaque jour ?

Marie-Ange Alexandre : En fait, je crois que ça me vient de mon expérience. Je n’ai pas eu un parcours en ligne droite. De fait, je vais chercher à des endroits divers et variés les meilleurs outils, les meilleures images…

Je suis contre l’uniformisation. Dans la formation, dans le coaching : donner la même chose à tout le monde je ne trouve pas que ça soit une bonne chose quand on veut que les gens soient en capacité de changer. On est tous différents et il me semble que d’avoir une richesse, une diversité d’intérêts, d’expériences : ça enrichit mon travail.

La créativité c’est ça : la richesse des expériences, la richesse des sources. Je vais puiser dans des endroits très très différents. Que ce soit dans mes lectures, dans d’autres cultures, dans la musique. À plein de niveaux en fait.

Est-ce que tu vas chercher uniquement dans les endroits que tu connais déjà ou des endroits nouveaux ?

Marie-Ange Alexandre : Non, je ne vais pas chercher que dans les endroits que je connais. D’ailleurs, c’est quelque chose qui me gène en ce moment.

On est souvent connectés à des réseaux sociaux. Et, il me semble qu’il y a un petit problème avec les algorithmes : on nous présente toujours plus de ce qu’on a déjà cherché. Ça me dérange beaucoup car j’aime être surprise. J’aime le hasard. Et la plupart des choses dans ma vie qui ont été extrêmement surprenantes et qui m’ont réellement fait avancer, elles se sont produites sur des faits de hasards. Des hasards heureux.

Il y a un mot en anglais pour ça d’ailleurs : “serendipity“. C’est le fait de rester ouvert pour que les choses arrivent. On ne cherche rien, mais tout arrive.

En t’ouvrant davantage, tu dirais que tu te crées ton propre hasard (du hasard qui te correspond) ?

Marie-Ange Alexandre : Oui, c’est ça ! J’ouvre aussi tous mes sens. Il faut ouvrir les yeux, ouvrir les oreilles, goûter des choses nouvelles… Parfois il y a des mixes très intéressants qui se font lorsqu’on est soumis à des influences très différentes.

D’ailleurs, en génétique, plus dans une population donnée les gens ont mixé leurs ADNs, plus il y a de chances que leurs descendants puissent s’adapter à des maladies et à des difficultés en général. C’est vraiment ce que j’essaye de faire dans ma vie et notamment dans ma vie professionnelle : mixer mes influences. Ça permet de recréer de nouvelles choses.

Par exemple, avec certaines entreprises, j’ai travaillé sur le processus d’innovation. Tu as deux façons d’innover :

  • soit en améliorant le processus déjà en place (incrémentiel : un pas après l’autre),
  • soit tu fais de l’innovation de rupture (trouver une nouvelle solution à un problème donné).

Quand tu es spécialiste d’un domaine, et si tu deviens de plus en plus spécialiste, tu vas oublier les autres sources d’influence. Tu n’arrives alors pas à trouver la solution. L’innovation de rupture se fait par des gens qui vont chercher dans plein de domaines différents : que ce soit la nature, la culture ou tout autre domaine.

Prenons l’exemple de l’invention du velcro (appelé “scratch” dans le langage familier). L’invention a été faite en observant de la bardane : c’est la petite plante qui s’accroche aux vêtements quand on va se promener. L’inventeur a simplement observé comment les crochets fonctionnaient. Il les a reproduit avec un processus industriel. Et finalement, maintenant, tout le monde se sert de velcro.

Aurélie : Un de tes conseils, ça serait alors d’aller chercher dans plein de domaines différents, même des domaines qui ne te parlent pas forcément au départ, mais dans lesquels tu pourrais trouver soit de l’inspiration, soit un petit quelque chose de nouveau qui vient par tes sens. Et c’est le mixe de l’ensemble qui pourra t’inspirer à créer quelque chose de nouveau.

Marie-Ange Alexandre : C’est exactement ça ! On ne fait jamais rien tout seul en fait. Il y a des gens qui croient qu’il y a des génies qui se suffisent à eux-mêmes. Mais ça n’existe pas dans la vraie vie, ça.

C’est non pas la somme, mais la multiplicité des expériences qui, en se combinant, nous amène à une quantité de solutions quasiment exponentielle face à un problème.

Par exemple, le fait de travailler à plusieurs ou simplement de rencontrer des personnes différentes, fait que tu as accès – pas entièrement mais au moins en partie – à leur façon de voir les choses. Et finalement, ça peut t’ouvrir plein de portes ! Pas forcément directement, mais par combinaisons, par mixage, que tu as toi déjà à l’intérieur.

C’est un peu ma manière de concevoir la créativité.

Que penses-tu des gens qui ne pensent pas être une personne créative ? Qu’as-tu envie de leur dire ?

Marie-Ange Alexandre : J’aurais envie de leur dire que, si, d’abord, ils sont forcément créatifs. Les personnes qui se disent ça n’y mettent peut-être pas les mêmes mots que nous.

Moi je suis une ex-scientifique, et dans le milieu scientifique, c’est très carré : on a des méthodologies spécifiques. Par contre, on a un côté créatif très fort en science ! Et si tu n’es pas “créatif”, tu seras un bon “exécutant”, mais pas un bon chercheur. Un chercheur doit aller puiser son inspiration dans des domaines autres que son propre domaine.

les expériences scientifiques

Dans le domaine des sciences humaines, il y a eu des grandes maisons qui se sont créées : des maisons de science de l’Homme. Il y avait des laboratoires scientifiques dans des matières très différentes les unes des autres.

J’ai eu l’occasion de travailler à la maison des sciences de l’Homme et de la société de Poitiers et il y avait une quinzaine de laboratoires de recherches dans plein de secteurs différents. J’ai même eu la chance d’être ingénieur d’études dans cette grande maison. Et mon travail était de faire travailler ensemble des gens qui venaient d’univers très différents.

Par exemple, on avait des gens qui étudiaient Heidegger (qui étudiait les “sciences de l’être”), les migrations internationales, moi qui venais de la psychologie cognitive. Il fallait que ces personnes trouvent des thématiques communes. Et ça a été un travail vraiment passionnant !

Aurélie : Tu m’étonnes ! Ça me donne envie de participer à une journée où tu observes ces gens très différents travailler sur des thématiques communes !

Ça me fait penser à deux choses :

  • la première, c’est Maryse (dans l’interview j’ai parlé de Roxann, mais c’est bien Maryse !), une des expertes en créativité que j’ai interviewée, qui disait : “Tout est créatif. Même une équation mathématique est créative !”

Quand tu n’es pas dans le monde scientifique, tu as l’impression que c’est un monde hyper carré… Mais en fait, non, au contraire !

Marie-Ange Alexandre : Oui, parce que la science est carrée dans ses méthodes, et heureusement (c’est ce qui en fait une science). Car on doit reproduire les résultats dans exactement les mêmes conditions pour vérifier la validité d’une expérience et d’un résultat. C’est tout l’enjeu.

Par contre, elle est très créative dans la recherche de solutions, dans la formulation d’hypothèses à tester. Et, de manière contre-intuitive, les “gens de la rue” (ce n’est pas du tout péjoratif) pensent que les hypothèses doivent être validées. Mais c’est exactement le contraire : on cherche à invalider une hypothèse.

Car, valider une hypothèse, c’est facile : tout le monde peut le faire. Une fois qu’on a validé une hypothèse, qu’est-ce qui reste ? Rien. On ne va pas chercher ailleurs.

Alors qu’en fait, quand tu invalides une hypothèse, ça veut dire “je suis sûre : ça ne fonctionne pas comme ça.” Donc, tu vas aller chercher ailleurs, dans ton cerveau, dans le cerveau d’autres personnes, dans la nature… D’autres pistes de solutions qui vont t’aider elles-même à formuler de nouvelles hypothèses que tu vas tester dans un protocole expérimental rigoureux.

Et c’est comme ça que la science avance : par tous petits pas de fourmis. C’est ce qui m’a vraiment passionnée dans mon travail de chercheuse. On peut avoir l’impression de ne pas avancer, mais on participe à un grand tout.

Aurélie :

  • la deuxième chose à laquelle ça me faisait penser, c’est dans une interview que j’ai vue concernant le monde de l’entreprise. Quand il y a une problématique complexe à résoudre et qu’on met toujours les mêmes personnes sur la réflexion de ce sujet, ces personnes peuvent rester bloquées. Mais, le fait d’aller chercher une personne extérieure, totalement neutre et néophyte du domaine, peut apporter un coup de fraîcheur, un oeil nouveau. Cette notion nous apprend que, même dans un environnement complexe, tu as besoin d’un oeil nouveau pour ouvrir sur de la créativité, de la nouveauté et donc des solutions et de l’innovation !

Marie-Ange Alexandre : Parfois je travaille dans un institut universitaire qui forme les futurs ingénieurs pour travailler dans l’industrie automobile de pointe. Et quand on parle de créativité et d’innovation, le seul conseil que j’ai à leur donner c’est “surtout ne devenez pas des spécialistes !

“Écoutez de la musique, allez voir des expos, rencontrez des gens différents, apprenez une nouvelle langue (même une langue que vous n’utiliserez pas tous les jours), ouvrez-vous sur le monde extérieur. Et c’est ÇA qui fera que vous serez l’ingénieur qui va trouver une solution innovante.”

“Si vous trouvez une solution que tout ingénieur aurait pu trouver, finalement il n’y a pas de plus-value dans votre travail (c’est lui mais ça aurait pu être un autre).” Comme ils vont travailler dans un secteur de pointe, c’est impératif pour eux d’être le mouton à cinq pattes.

les expériences scientifiques sont créatives !

Aurélie : Ça me donne des frissons car c’est en soit quelque chose de “simple” ce que tu dis. Et moi ça me frustre de voir autant de personnes fermées dans une sorte de tunnel en se disant “il n’y a qu’une seule solution” ou “on a toujours fait comme ça, donc je fais comme ça” sans s’ouvrir davantage à aller voir ce qui se passe ailleurs qui leur permettraient de combiner ces choses extérieures et créer un chemin nouveau !

Ça fait du bien d’entendre des points de vue comme le tiens ! En plus, tu as pu tester ça sur le terrain : donc ça fonctionne vraiment !

Marie-Ange Alexandre : Oui, et je voulais revenir sur ce que tu disais “on a toujours fait comme ça” : moi c’est quelque chose qui me rend dingue !

Tu sais, je fais encore de la formation en présentiel et parfois je m’arrache les cheveux. Ils sont faces à un problème, et ils voudraient le résoudre de la même manière que d’habitude… Et ça fait 10, 15 ou 20 ans qu’ils ont le même problème, qu’ils essayent les mêmes solutions, qui ne fonctionnent pas. Mais quand on a la tête dans le guidon, c’est vrai que ce n’est pas si facile.

Et, je le vois quand je travaillais en entreprise, ou même maintenant lorsque j’accompagne des personnes en reconversion professionnelle : parfois les gens n’ont simplement pas la capacité matérielle de relever la tête du guidon. Ils sont trop dans un mode de vie automatisé où tout est lancé, tout roule (mais mal). Donc ils sont dans une routine et auront toujours les mêmes problèmes s’ils n’en sortent pas.

Tu sais, parfois j’accompagne des gens qui veulent se sortir de galères financières, mais en faisant la même chose qu’avant.

Donc la créativité, ça peut être être créatif dans sa vie quotidienne. Un problème qu’on a depuis des années : j’ai la possibilité de me poser, d’observer ce que je fais d’habitude, et pour une fois je vais essayer quelque chose que je ne fais pas d’habitude. On ne sait jamais, après tout… Ça peut marcher, comme ça peut ne pas marcher. Mais si c’est le cas, c’est pas grave : j’essayerai autre chose.

Aurélie : Ce que tu viens d’expliquer, ça m’a rappelée ce que j’ai vécu avec mon premier site – bleuresolution.fr – et tu as totalement décrit ce que je vivais. Je confirme que quand tu as la tête dans le guidon : 1, tu ne te rends pas compte que tu as un problème et 2, tu n’as pas assez de recul et en plus, tu ne sais plus comment prendre le recul.

C’est très intéressant ce que tu dis, car je suis sûre que beaucoup de personnes vivent ce genre de situations, que ce soit sur le plan personnel ou professionnel.

Comment penses-tu que tu puisses prendre ces moments de recul ? Comment tu ferais pour te “désautomatiser” ?

Marie-Ange Alexandre : D’abord, prendre des vacances, c’est une bonne idée. Ce n’est pas forcément partir à l’autre bout du monde. Il s’agit juste de pouvoir voir les choses d’une manière différente. Ça dépend de où on part.

Moi je vais bientôt avoir 49 ans, j’ai commencé à voyager il y a longtemps. Aujourd’hui, je suis un peu déstabilisée.

Avant, quand tu allais dans un autre pays, tu étais totalement dépaysé : les gens ne s’habillaient pas pareils et ne mangeaient pas la même chose.

Aujourd’hui, tu vas dans n’importe quelle capitale européenne : les gens s’habillent pareil – parce qu’ils ont les mêmes magasins – ils mangent la même chose – parce qu’ils ont les mêmes chaînes de restaurants.

Et ça, pour moi, c’est un tue créativité, de s’abreuver aux mêmes sources. C’est bien dommageable.

Je reviens sur mon idée : prendre des vacances, ça peut aussi être prendre des vacances chez soi. D’ailleurs, quand j’habitais Bordeaux, je recevais chez moi ces couchsurfeurs. Ils venaient du monde entier. J’essayais de passer au moins une soirée avec eux et leur faire visiter la ville. Et je me retrouvais être une touriste dans ma propre ville. Je voyais avec leurs yeux ma propre ville. J’ai alors pu voir des choses que je ne voyais plus.

Finalement, ça m’ouvrait des perspectives. Déjà, accueillir des personnes du monde entier chez soi quand on ne peut pas voyager, c’est chouette (parce qu’on n’a pas toujours l’occasion de voyager…). Mais en plus, de se retrouver touriste dans sa propre ville… C’est chouette !

Aujourd’hui, j’habite une plus petite ville : Nevers, dans le centre de la France. Et les locaux ne la voient plus. Le centre-ville de Nevers est un réel monument architectural.

Donc, mon conseil, c’est de faire une vraie pause de ta vie normale.

Aurélie : Oui, ce peut être simplement changer quelque chose de ton quotidien, en fait !

Quelle serait ta propre définition de la créativité ?

Marie-Ange Alexandre : Ça serait sortir des sentiers battus. Ne pas se spécialiser (éviter la spécialisation, même si on est à l’ère de la spécialisation) – et pourtant j’ai été une spécialiste (j’ai écrit une thèse : tu es hyper spécialisé quand tu fais ça) !

multiplicité des expériences : sortir des sentiers battus - individuel et collectif

Est-ce que tu dirais que la créativité, c’est quelque chose d’individuel, de collectif ou les deux ?

Marie-Ange Alexandre : Les deux à 100% ! Je ne vois pas comment des êtres individuels créatifs pourraient s’épanouir dans une société individuelle qui ne le serait pas. Et le contraire non plus.

Parce qu’en fait, une société au sens large, c’est une collection d’individus. Donc, si une société veut être créative et trouver des solutions sur des nouveaux (ou même des anciens) problèmes, il ne faut pas qu’elle tue la créativité chez les individus !

Je pense donc qu’il est important de laisser aux gens suffisamment de temps et de ressources de tout type (intellectuelle, financière…) pour pouvoir cultiver cette créativité en eux. Sinon on n’arrivera pas à changer de logiciel sociétal. On en a vraiment besoin.

D’ailleurs, ce sont souvent des gens qui savent prendre des pauses et qui sont à la marge de la société qui finalement parviennent à mettre en place des embryons de solutions intéressantes. C’est comme ça que se propagent les bonnes idées. Ça ne part pas des gens qui sont dans la routine et dans le tunnel, jamais.

On est dans une société de l’uniformisation et c’est vraiment quelque chose qui me fait peur. En faisant ça, on tue vraiment la créativité individuelle. Et, malheureusement, en tuant la créativité individuelle, on ne pourra pas devenir des sociétés libres et riches au sens culturel.

Tu dirais que la créativité part de l’individu pour aller vers le collectif ?

Marie-Ange Alexandre : Je dirais que c’est un mouvement qui vient de l’individu et va vers le collectif, mais qui vient aussi du collectif vers l’individu. Parce qu’en fait, si le collectif ne permet pas l’expression de la créativité individuelle, on tue la créativité individuelle dans l’oeuf. Ça va donc dans les deux sens.

Aurélie : Oui, c’est un équilibre qui se fait continuellement. Merci pour cet angle super intéressant Marie ! 🙂

Si je dis le mot “intuition”, est-ce que ça te parle ?

Marie-Ange Alexandre : En fait, pour moi l’intuition n’existe pas dans le sens où on l’entend d’habitude. Parce que, pour moi l’intuition, ça ne vient pas de nulle part.

L’intuition, c’est comme une graine : il faut un terreau suffisamment riche, avec suffisamment de nutriments. Tu mets une graine, et puis un jour, ça pousse. Et c’est ça, l’intuition.

Il y a des graines qui restent endormies durant des années, avant de trouver le terreau favorable pour pousser. Tout ce qu’on met à l’intérieur de nous-mêmes en terme de graines, de savoir, d’expériences, un jour le terreau – qui est l’environnement – fera en sorte que ça pousse.

Donc, si tu ne mets rien et que donc ton terreau est stérile, il ne se passe rien. Il n’y a pas d’intuition.

Pour moi, une idée ne peut pas te venir “comme ça”, si tu n’as pas un minimum lu, si tu n’as pas acquis du tout d’expérience.

Donc il faut bien cultiver son environnement interne et externe afin d’avoir ces fameux “eurêka”, ces fameuses intuitions. Afin de pouvoir les conceptualiser, les concrétiser et voir si ça fonctionne.

Est-ce que tu penses avoir de l’intuition et est-ce que tu l’écoutes ?

Marie-Ange Alexandre : Oui, j’ai de l’intuition qui m’arrive parfois. Et est-ce que je l’écoute… Et bien pas toujours ! Et, d’ailleurs, les fois où je ne l’écoute pas, ça ne se passe pas bien.

En soit ça peut bien se passer sur le début, puis je me rends compte au bout de quelques jours, semaines, mois, voire années, que peut-être j’aurais dû écouter ce petit ressenti que j’avais eu.

Et, souvent, c’est par soucis de rationalisation que je n’ai pas voulu l’écouter, et j’aurais dû.

Aurélie : Oui, l’intuition, c’est le “j’aurais dû” !

Tu n’écoutes pas toujours ton intuition, mais tu serais d’accord pour dire que c’est toujours bon pour toi ?

Marie-Ange Alexandre : C’est ça ! Souvent l’intuition, elle vient avec des gens.

Je me souviens que plein de fois j’ai suivi mon intuition alors que justement tout le monde me disait de ne surtout pas faire ça, et ça c’est super bien passé ! Et je me dis, heureusement que j’ai suivi mon intuition, car ça a donné des super trucs dans ma vie après !

Donc, ça va dans les deux sens…

Si tu devais prendre un coach en créativité, qu’attendrais-tu de cette personne ?

Marie-Ange Alexandre : Je vais dire deux choses un peu paradoxales.

  • Qu’il / elle me donne des limites. Car j’ai tendance à partir dans tous les sens. Le tableau devient énorme !
  • Et en même temps, je voudrais qu’il / elle m’autorise à être libre.

Et ce n’est pas évident : parfois tu l’adores et parfois tu la détestes ! C’est quelqu’un qui me pousse à sortir de ma zone de confort, mais qui en même temps me met des limites quand j’en sors trop, quand je suis trop prolifique.

Aurélie : Oui, je pense que le mot que je mettrais sur ce paradoxe, ça serait de prioriser. Ça te permettrait d’avoir une liste d’idées “pour plus tard” – je la mets de côté, mais ça ne veut pas dire que j’exclue. Et s’il y en a une autre qui arrive, je l’ajoute pour ne pas l’oublier – mais je priorise pour ne pas aller trop loin et agir quand même.

Est-ce que tu as des outils de créativité pour aider des gens qui voudraient développer leur créativité ?

expériences différentes : les jeux de cartes des 7 familles créatives

Marie-Ange Alexandre :

  • J’ai créé mon propre outil : “le panthéon personnel” sur le même principe que le jeu des 7 familles de la créativité (voir question suivante).
  • Sinon, je n’ai pas vraiment d’outils, mais une méthode. Ce n’est pas la peine d’essayer de créer de 8 à 9 heures tous les matins. Ça ne se fait pas sur commande.
  • Les moments où je suis créative, c’est toujours quand je fais autre chose. Par exemple, dans ma salle de bain, il y a toujours des feutres véléda car quand je prends ma douche, je me dis “ah, une idée !” et pour ne pas oublier. J’écris avec des feutres sur les carreaux de faïences de ma salle de bain (car après on peut effacer). Donc mon conseil serait d’avoir toujours de quoi écrire sous la main. Ne surtout pas laisser passer ces idées-là !

Aurélie : C’est rigolo, dans un article, je parle d’avoir un carnet waterproof à disposition sous la douche pour noter les supers idées qui émergent à ce moment là, mais ton idée est encore mieux !

Ce que je retiens aussi de tes conseils, c’est que c’est important de se créer justement des moments de vide aussi pour pouvoir avoir ces super idées ! Et c’est primordial de le mettre en avant car j’étais beaucoup comme ça avant (et ça m’arrive encore – trop souvent – aujourd’hui) : je ne me laissais pas assez de moments de vide pour laisser venir l’inspiration et la créativité.

Marie-Ange Alexandre : Voilà, il faut des moments de vide, mais sans objectif de créativité ! Si tu es dans un processus de productivité et pas dans un processus de créativité. Et même le mot processus pour la créativité n’est pas très bien choisi…

Quels sont les 3 livres qui t’inspirent le plus ?

Marie-Ange Alexandre : Je vais parler de 3 livres que j’ai adorés et qui sont dans le domaine de la créativité.

  • La créativité de Mihaly Csikszentmihalyi. Il avait également écrit “Vivre” que j’ai adoré. C’est un chercheur en psychologie positive, et notamment sur les facteurs de la créativité dans plein de secteurs différents (en recherche, en sport…). Je le conseille vivement !
  • Multiplier vos idées de Brice Challamel. Je l’utilise beaucoup dans mes séances de formation en présentiel. Il est très pratique ! L’auteur a également créé un jeu de 7 familles de la créativité. Par exemple, tu as la famille des animaux (fourmis, lion, éléphant…), la famille des grands Hommes, la famille des Dieux grecs… Le principe, c’est que face à un problème, tu vas choisir une carte au hasard et tu vas avoir un personnage en particulier : tu vas te mettre à la place de ce personnage. Tu as la pom-pom girl : qu’est-ce qu’elle ferait à ma place ? C’est qui une pom-pom girl ? Quelles sont ses caractéristiques ? Qu’est-ce qu’elle ferait pour résoudre ce problème-là ? Tu te mets littéralement dans les bottes de quelqu’un d’autre, qui a une vision différente. C’est super pour les gens qui n’osent pas émettre des idées. En 10 minutes, tu peux avoir 10 solutions différentes. Je l’utilise beaucoup personnellement aussi.
  • Comme par magie d’Elisabeth Gilbert, l’auteure de Mange, prie, aime. J’écris tout le temps, et elle m’a enthousiasmée ! C’est une fille chouette Elisabeth 🙂

Quelle est la personne qui t’inspire le plus ?

Marie-Ange Alexandre : C’est une personne qui m’a inspirée – car elle n’est plus de ce monde. Elle s’appelait Claire Gérard : elle a été ma directrice de thèse. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme elle de ma vie, jamais. C’est quelqu’un que j’ai profondément admiré car elle avait une culture scientifique d’une richesse phénoménale. Elle a été directrice de la maison des sciences humaines et de la société et était totalement à l’aise pour parler de tous les sujets des 15 laboratoires. Elle avait donc une culture très large.

Elle a rempli sa vie de tellement de choses. C’est elle qui m’a montrée que c’est bien de se spécialiser, mais qu’il faut aller chercher ailleurs. C’est vraiment elle qui m’a le plus inspirée. Elle a été un mentor : je souhaite à tout le monde d’avoir quelqu’un comme elle dans sa vie.

Est-ce que tu as une citation qui te vient en tête ?

Marie-Ange Alexandre : J’en ai deux, j’ai le droit ? 🙂

  • Le futur, c’est toi.” du groupe des 90’s les Spicy Box.
  • Ordinary is easy.” : “L’ordinaire, c’est facile.”

Si je te donne les 4 premières lettres de créativité, C-R-E-A, quel mot tu as envie de mettre instantanément pour chacune des lettres ?

Marie-Ange Alexandre :

  • C – Choix – car on a toujours le choix et il ne faut pas oublier qu’on l’a : même quand on croit qu’on ne l’a pas, on l’a quand même !
  • R – Random (aléatoire) – car j’aime le côté aléatoire, hasard heureux de la vie.
  • E – Envie – car il faut cultiver ses envies !
  • A – Amour – c’est trop facile car ça veut dire beaucoup !
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Aurélie
Aurélie

Génératrice de créativité, je suis persuadée que celle-ci permet de développer son plein potentiel et ainsi vivre pleinement avec sa nature profonde !

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